Vincent Cassel épouse Tina Kunakey

J’ignorais tout de la vie affective de Vincent Cassel, et je n’en portais pas spécialement mal, jusqu’à ce que je tombe sur cet article écrit par une certaine Élodie Émery, à propos du mariage prochain entre l’acteur, âgé de 51 ans, et Tina Kunakey, 21 ans. L’article propose une analyse féministe de ces couples caractérisés par une grande différence d’âge, et où l’homme est le plus vieux.

D’abord, j’apprécie le ton relativement modéré de cet article, et son souci de déplacer la question d’un niveau individuel à un niveau collectif. En effet, s’il y a tellement d’hommes âgés qui sortent avec des femmes beaucoup plus jeunes, et que l’inverse est soit si rare, cela a forcément quelque chose à voir avec le sexisme, et en particulier avec l’idée que le capital érotique des femmes serait périssable beaucoup plus vite que celui des hommes.

Mais cette analyse très générale ne dit rien de la manière dont il faut considérer, individuellement, les hommes mûrs ou âgés qui sortent avec des femmes de 30 ans de moins qu’eux. Car après tout, ce n’est pas parce que la relation entre Vincent Cassel et Tina est colorée par le sexisme, que leur amour, qu’on espère réciproque, est insincère, inauthentique ou dégoûtant. Et surtout, si le problème est le fait qu’il y ait un déséquilibre entre les genres, alors Vincent Cassel est autant un symptôme de ce fait social que n’importe quelle femme de 50 ans qui ne sort pas avec un jeune homme de 20 ans.

Personnellement, je ne comprends pas comment on peut vouloir être en couple avec quelqu’un qui a 30 ans de plus ou de moins que soi. Indépendant même de tout critère d’attirance physique, les deux personnes ont une expérience tellement différente de la vie que cet écart d’âge me paraît assez rédhibitoire. Mais justement, on est là dans un domaine où je crois qu’il est important de ne pas chercher à tout comprendre. On n’est pas tou-te-s fait-e-s pareil, on ne recherche pas tou-te-s la même chose, et toute morale amoureuse bien faite doit partir de là.

En matière amoureuse, et sexuelle, c’est important de savoir renoncer à comprendre. De toute façon il y a toujours quelque chose d’un peu inexplicable dans l’amour. On tombe amoureux de A, pas de B, alors que B a tout pour plaire, on peut essayer de dire pourquoi a posteriori, mais pas rendre raison de son choix, qui n’en est pas un ; et puis C, qu’on aime bien, tombe amoureux de D, qu’on n’aime pas, et on trouve ça bizarre. Bon, tant pis.

Voici une expérience de pensée utile : mettez-vous à la place d’une personne asexuelle (qui n’a pas de désir sexuel), ou d’une personne dite « aromantique » (qui ne tombe pas amoureuse). Et demandez-vous quelle attitude d’esprit ces personnes-là doivent adopter pour ne considérer comme des cinglés ces gens bizarres qui sont la proie de sentiments si étranges, et qui trouvent un plaisir inexplicable à faire se rencontrer des organes si spécifiques de leur propre corps avec ceux d’une autre personne. Là non plus, il n’y a rien à comprendre, il y a juste à prendre acte – du fait que ça existe, du fait que les gens ne fonctionnent pas tous pareil. Maintenant, il s’agit de transposer cette attitude d’esprit éminemment saine, et de l’adopter soi-même face aux comportements sexuels et affectifs qui nous paraissent curieux, voire dérangeants[1].

Il n’y a aucun mérite à vouloir toujours tout comprendre, même ce qui y résiste. Un peu de réflexivité nous fait suffisamment voir qu’il y a beaucoup de choses, dans notre propre vie, dans notre propre conduite, qui sont parfaitement incompréhensibles vues du dehors, et qui pourraient très bien susciter la réprobation, la méfiance ou le dégoût de la part de gens qui ne se sentiraient pas concernées par elles. C’est trop tentant et trop facile de caricaturer les Vincent Cassel, Richard Gere et autres Johnny Depp en vieux dégueulasses bavant devant de la chair fraîche (et ce n’est pas tout à fait ce que fait cet article, certes, mais on ne sait jamais). Il me semble que dans ce genre de cas, la prudence et l’humilité valent beaucoup mieux.


[1] Voir aussi, à ce propos, ce que j’écrivais jadis – et – sur la pédophilie.

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3 commentaires

  1. Le « souci de déplacer la question d’un niveau individuel à un niveau collectif » de cet article que je n’ai pas lu est déjà un problème en soi car, en matière d’amour, toute considération collective et généralisante est souvent hors sujet. J’y vois même un risque de dérive totalitaire, fascisante . Le féminisme ou néo-féminisme devient peu à peu une idéologie réactionnaire et puritaine, un système aliénant que rejettent d’ailleurs de plus en plus de femmes libres de corps et d’esprit. Annie Le Brun (dont le livre Lâchez tout était véritablement visionnaire) est 1000 fois plus émancipée que ne l’a jamais été Simone de Beauvoir, grande bourgeoise complexée et utilisant sa rhétorique néo-marxiste pour tenter de justifier son mal-être personnel (qu’elle prenait bêtement pour une généralité).

    En quoi la relation Cassel-Emery est-elle « colorée de sexisme » ? En rien ! Certaines personnes peuvent (à la rigueur !) porter sur eux un regard sexiste, mais il ne faut pas confondre la chose en soi et la vision déformée qu’en ont certaines personnes.
    Quant au fait que des jeunes femmes soient attirées par des hommes plus âgés, que des hommes soient attirés par des femmes plus jeunes, ou inversement que des femmes soient attirées par des hommes plus jeunes et que des hommes jeunes soient attirés par des femmes plus âgées, c’est la chose la plus saine et la plus normale au monde :
    « Les contraires s’assemblent, et de la différence naît la plus belle des harmonies » (Héraclite)

    Principe valable pour les différences d’âge comme pour les différences de nationalité, d’origine etc….

    1. J’ai été prudent dans ma formulation : je dis que la relation entre Cassel et Emery est « colorée de sexisme », parce qu’elle prend place dans un monde où les rapports entre les genres sont caractérisés par le sexisme, et que cette dimension du monde est forcément activée dans une relation étroite, intime – a fortiori une relation qui n’est pas « gender-blind » (probablement que VC est attiré par TK parce que c’est une femme, et réciproquement que TK est attirée par VC parce que c’est un homme). C’est une idée que je développais là : https://analysesynthese.wordpress.com/2014/11/07/trois-conceptions-des-x-phobies/

      1. « Les rapports entre les genres sont caractérisés par le sexisme  » ?? Dans certaines situations, dans certains milieux sans doute, mais pas dans la plupart des relations amoureuses, et encore heureux ! J’ai le sentiment que vous reproduisez là ce que vous avez lu dans les écrits de certaines activistes, mais il s’agit là de rhétorique, d’idéologie parfois délirante. Dans la vraie vie, les femmes et les hommes qui vivent librement leur vie se moquent de ces théories. Et les femmes libres et émancipée refusent d’être considérées comme d’éternelles victimes c’est-à-dire d’être infantilisées.

        Il y a une phrase d’Elizabeth Badinter qui résume tout : « L’homme est le meilleur ami de la femme, à condition que l’un comme l’autre apprennent à se faire respecter. »
        Donc pas de victimisation outrancière mais une recherche du respect mutuel. Lorsque le féminisme s’écarte de ce principe, ce n’est plus du féminisme, mais de l’extrémisme et du puritanisme réac.

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