La pédophilie (1re partie)

Je comptais au départ faire un seul billet sur la question, mais il se trouve que le texte que j’ai écrit dépasse (de peu) la limite supérieure que je me suis assignée (cinq pages Word en Times New Roman, police 12, si vous voulez tout savoir : au-delà, il y a un risque qu’on trouve ça trop long…). J’ai déjà tout sous le coude, mais pour m’en tenir à mes principes, je publie mon texte en deux fois. La suite arrivera bientôt.

*

La pédophilie est un sujet bizarre, qui, pour reprendre l’heureuse formule d’un ami, a le don de rendre très vite tout le monde d’extrême-droite – et en particulier de faire perdre à des gens a priori intelligents et bien intentionnés tout sens de la mesure et toute espèce de rigueur logique. Il convient donc de jeter un peu de clarté dans les ténèbres, et, pour éviter de tout mélanger, de procéder aux distinctions qui s’imposent. Ce billet va donc être beaucoup plus analyse que synthèse.

1.

Quand on est un-e adulte, avoir des rapports sexuels avec un enfant, c’est très très mal, et cela doit être sévèrement puni par la loi. Peu importe le « consentement » apparent de l’enfant.

(Je ne discute pas à partir de quel âge on devient un adulte, et à partir de quel âge on cesse d’être un enfant. Cette discussion m’ennuie, même si elle est nécessaire pour les juristes. Si vous voulez qu’on fixe les idées pour la suite du billet, imaginez que quand je dis « adulte », je pense à un homme ou à une femme de 40 ans, et que quand je dis « enfant », je pense à un petit garçon ou à une petite fille de 8 ans. Comme ça, il n’y a pas de débat.)

(La thèse de cette section semble être l’expression du bon sens, et ne pouvoir appeler aucune objection sérieuse. Cela dit, on peut sans doute au moins questionner son caractère universel. Le constructiviste qui sommeille en moi a une vague réticence à admettre que le caractère néfaste de la sexualité adulte-enfant puisse être absolument universel, naturel, etc., dans la mesure où la sexualité adulte-enfant n’implique pas nécessairement de lésion organique chez l’enfant, donc de dommage physique objectivable. Cela me fait penser à ce que je disais ici sur le caractère sacré de la sexualité comme argument contre le viol et contre la prostitution. Je propose que dans ce billet, on admette au moins par provision, que, au moins dans le cadre social et culturel qui est le nôtre, « quand on est un-e adulte, avoir des rapports sexuels avec un enfant, c’est très très mal. »)

2.

Mais le mot pédophilie ne désigne pas nécessairement une activité sexuelle, il peut aussi désigner des pulsions et des phantasmes. Les termes désignant des paraphilies et des orientations sexuelles n’incluent pas dans leur définition analytique l’idée de réalisation ou de passage à l’acte. Être urophile implique d’avoir des fantasmes fétichistes impliquant l’urine, mais pas nécessairement d’avoir déjà pratiqué la chose – et l’on peut être homosexuel-le, bisexuel-le ou hétérosexuel-le même si l’on est vierge.

Il y a donc là une distinction importante, qu’il est dommageable et même désastreux de ne pas faire. Être pédophile n’implique pas d’être un-e criminel-le, puisque cela n’implique en soi aucun passage à l’acte. Comme on ne voit pas pourquoi il y aurait un rapport statistique quelconque entre le fait d’avoir des fantasmes pédophiles et le fait d’avoir un sens moral dégradé, et comme il faut tout de même un sens moral sérieusement dégradé pour se croire autorisé-e à violer un enfant, on ne voit pas non plus pourquoi il n’y aurait pas énormément de pédophiles secret-te-s, qui ne sont jamais passé-e-s et ne passeront jamais à l’acte, et qui vivront paisiblement leur vie sans jamais faire de mal à quiconque. Confondre l’ensemble des pédocriminel-le-s sexuel-le-s (des criminel-le-s pédosexuel-le-s ?) avec l’ensemble des « pédophiles » est non seulement tout à fait inadéquat, mais en plus injustement stigmatisant pour les malheureux/ses qui vivront leurs fantasmes dans l’abstinence, la chasteté et la névrose.

Pour l’instant, je n’ai pas l’impression d’avoir dit grand-chose qui ne puisse pas faire l’unanimité chez des gens raisonnablement intelligents. J’ai déjà discuté de cette question plusieurs fois, sur Facebook ou sur des forums (il faut dire que j’aime bien chercher la bagarre), et je n’ai jamais entendu ni lu aucun argument qui puisse s’opposer à ce que j’ai énoncé jusqu’à présent (en laissant tomber les passages entre parenthèses dans la section 1). Pourtant, d’expérience, je pense pouvoir dire que la plupart des gens manifestent d’énormes résistances, complètement irrationnelles, à ces idées. C’est tout de même malheureux.

3.

On s’avance sur un terrain un peu plus délicat avec la question de la pédopornographie. Dans cette troisième section, je vais simplement parler de la pédopornographie virtuelle – celle qui, pour sa réalisation, n’implique pas de maltraitance sur un enfant réel. C’est-à-dire tout ce qui est dessin, image de synthèse, fiction écrite, etc. Je crois qu’en droit français, même cette partie-là de la pédopornographie est réprimée, ce qui est un pur scandale.

Le seul argument (apparemment) valable pour interdire la pédopornographie virtuelle est un argument conséquentialiste du type : de telles productions encouragent les passages à l’acte réels.

Mais premièrement, ce n’est pas sûr du tout. Je ne pense pas qu’il y ait la moindre étude statistique sur la question (je ne vois pas comment il pourrait y en avoir…), et je ne vois donc pas comment on est censé-e savoir que les conséquences néfastes de la pédopornographie virtuelle l’emportent sur ses possibles conséquences bénéfiques. On pourrait par exemple imaginer que la pédopornographie virtuelle offre un défouloir masturbatoire à des personnes qui, du coup, seront moins enclines à s’en prendre à des enfants réels. Je ne dis pas que c’est vrai, je dis simplement que personne n’a prouvé que c’était faux.

Deuxièmement, l’argument tombe de toute façon de lui-même, parce qu’il est absolument isomorphe à des raisonnements qui, dans des domaines différents mais proches, n’emporteraient pas la conviction. Ainsi, faudrait-il interdire la pornographie (adulte) virtuelle, sous prétexte que l’excitation sexuelle risque de pousser des hommes sexuellement frustrés à violer des femmes ? Pour prendre un exemple dans un domaine un peu moins proche : faudrait-il interdire toute représentation de la violence dans la fiction, sous prétexte que cela pourrait donner de mauvaises idées à certain-e-s ? La liberté (en l’occurrence, liberté artistique et liberté d’expression) implique toujours un certain niveau de risque. Cela n’implique pas qu’il faille accepter n’importe quel risque au nom de la liberté ; mais en l’occurrence, le risque me paraît à la fois beaucoup trop incertain et beaucoup trop indirect pour justifier l’interdiction.

Je dis : « beaucoup trop indirect », parce qu’il implique l’intervention criminelle d’une personne autre que celle qui produit le matériel pédopornographique ; il me semble qu’on a d’autant moins le droit de sanctionner l’individu A qui fait un dessin pédopornographique pour des individus B, si c’est l’individu C qui commet le crime et qu’il soit possible de faire porter à C la responsabilité de ce crime. Il en irait peut-être différemment si le tort était commis à la suite d’un acte de A et sans autre intervention d’un nouvel agent humain – dans ce cas, le tort serait moins indirect.

Et puis cette interdiction de la pédopornographie virtuelle au nom de sa dangerosité passe par pertes et profits le fait que ce matériel est réellement utile à des gens qui, comme on l’a vu dans le second paragraphe, ne sont peut-être que de paisibles citoyen-ne-s qui n’ont pas l’intention de faire de mal à une mouche (à un enfant mouche). Dans le cas de pédophiles exclusif/ve-s (en supposant que cela existe, mais je suppose que oui, puisqu’en matière de sexualité à peu près tout existe…), et soucieux/ses de respecter les autres et les lois, la masturbation pourrait bien être la seule forme de sexualité qui puisse jamais leur procurer du plaisir. Les priver de la seule forme de pédopornographie acceptable (parce que virtuelle) en raison des crimes que d’autres gens à l’esprit moins noble pourraient hypothétiquement commettre, cela ressemble fort à une iniquité, et cela leur constitue en tout cas un tort considérable.

Je crois, au bout du compte, que ces deux premiers arguments en faveur de la légalité de la pédopornographie virtuelle doivent nécessairement être acceptés à partir du moment où l’on a accepté les thèses de ma seconde section. Je pense réciproquement que la meilleure, voire la seule, manière d’être contre la légalisation de la pédopornographie virtuelle, c’est de partir du principe plus ou moins conscient que tous ces gens-là (les pédocriminel-le-s sexuel-le-s, mais aussi les producteur/trice-s et consommateur/trice-s de pédopornographie virtuelle) sont des monstres, certainement pas des citoyen-ne-s comme les autres, et qu’il n’est pas légitime d’accorder le moindre poids à leurs droits (à la liberté d’expression, à la liberté artistique, à la sexualité) lorsque ceux-ci sont mis en regard de la sécurité des enfants.

Il y a encore un troisième argument en faveur de la pédopornographie virtuelle, mais qui me semble d’une nature très différente des deux autres : il n’y a pas de définition claire de ce que c’est que représenter un enfant. Quel degré de réalisme dans la représentation faut-il pour qu’une silhouette vaguement crayonnée soit considérée comme anthropomorphe ? Quelles caractéristiques physiques le personnage en question, qui n’existe pas en réalité, doit-il avoir pour être réputé avoir plus ou moins de tel ou tel âge ? Qu’est-ce qui m’empêche de dessiner des relations sexuelles entre créatures extraterrestres, dont certaines auraient des apparences plus ou moins enfantines, mais qui seraient tout de même, parce que j’en aurais décidé ainsi, parfaitement mûres sexuellement ? Tous ces problèmes ne se posent pas avec la pédopornographie réelle (les acteur/trice-s ont tel ou tel âge, théoriquement déterminable avec précision), mais se posent avec la pédopornographie virtuelle. Ils impliquent leur lot d’appréciation subjective du/de la juge, d’arbitraire (et l’arbitraire, c’est mal), et d’insécurité juridique.

*

Dans la suite (coming soon), je parlerai de la pédopornographie réelle et des problèmes juridiques et moraux qu’elle pose.

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6 commentaires

  1. Bonjour,
    J’aime particulièrement votre site :), mais je suis sceptique par rapport à quelque point de votre précédent article

    Vous dites :

    « Il y a encore un troisième argument en faveur de la pédopornographie virtuelle, mais qui me semble d’une nature très différente des deux autres : il n’y a pas de définition claire de ce que c’est que représenter un enfant. Quel degré de réalisme dans la représentation faut-il pour qu’une silhouette vaguement crayonnée soit considérée comme anthropomorphe ? Quelles caractéristiques physiques le personnage en question, qui n’existe pas en réalité, doit-il avoir pour être réputé avoir plus ou moins de tel ou tel âge ? Qu’est-ce qui m’empêche de dessiner des relations sexuelles entre créatures extraterrestres, dont certaines auraient des apparences plus ou moins enfantines, mais qui seraient tout de même, parce que j’en aurais décidé ainsi, parfaitement mûres sexuellement ? Tous ces problèmes ne se posent pas avec la pédopornographie réelle (les acteur/trice-s ont tel ou tel âge, théoriquement déterminable avec précision), mais se posent avec la pédopornographie virtuelle. Ils impliquent leur lot d’appréciation subjective du/de la juge, d’arbitraire (et l’arbitraire, c’est mal), et d’insécurité juridique. »

    Mais on peut supposer que quelqu’un qui met en ligne une vidéo pédopornographique virtuelle va le mettre en ligne en supposant attirer des « consommateur » concerné : par exemple il y a de forte chance qu’il mette le titre : « enfant quelque chose ou « jeune » quelque chose » et pas « relation sexuel entre deux octogénaires ». Donc l’auteur de ladite vidéo s’attend à avoir un maximum de « consommateur » pédopornographique : et on peut supposer que lesdits consommateurs en regardant la vidéo (même si elle est très mal dessinée) vont y voir un enfant et pas un octogénaire, ou un extraterrestres, à apparence jeune, « mures sexuellement » (pour reprendre votre exemple).

    Je pense que tout dépend de l’objectif de l’auteur de la vidéo et de se qu’en a fait celui qui est tombé dessus (si c’est pour s’exciter ou non, en gros).

    Deuxièmement par rapport à un autre aspect de votre article vous oubliez le point du vue de celui qui est « dominé » par toutes forme de préférence sexuel. Je vous donne un exemple (qui n’a certes rien à voir, seulement pour être un peu plus clair :

    Une femme, doit traverser la moitié de la ville, elle croise un inconnu qui ne correspond pas à ces gouts (physiquement), si cet inconnu l’observe avec du désir dans le regard (je ne sais pas comment dire ça), il est possible ( et il y a de forte chance ) que par la suite cette femme soit dégouté à l’idée (possible) qu’elle ai rejoint la liste de ses fantasmes et qu’il puisse se masturber en pensant à elle de temps en temps.

    Dans le cadre d’un enfant, c’est la même chose, un enfant peut sentir se genre de regard (et il n’est pas idiot), trop jeune il ne comprendra pas mais vers 10/12 ans, il finira par s’en douter et je vous assure que sur un esprit fragile (si c’est fréquent), ça peut rapidement devenir insupportable.

    Un dernier point important pour répondre à cette phrase : « Le constructiviste qui sommeille en moi a une vague réticence à admettre que le caractère néfaste de la sexualité adulte-enfant puisse être absolument universel, naturel, etc., dans la mesure où la sexualité adulte-enfant n’implique pas nécessairement de lésion organique chez l’enfant, donc de dommage physique objectivable.  »
    Les mammifères (Homme compris) ce reproduisent qu’à partir du moment où ils sont capable de se reproduire : à ce moment là ils émettent des hormones incitant les autres mammifère (de leur espèce) à venir ce reproduire avec eux. cet majorité chez l’Homme est atteint en moyenne vers l’âge de 15/16 ans (là ou la lois a fixé la majorité sexuelle). Avant l’enfant n’émet pas ces hormones, donc il n’est pas « normal », qu’un adulte soit attiré par un enfant et ai envie de pratiquer des actes ayant ( à la base) pour but de se reproduire avec des enfants.

    Et (seulement sur le rapport en lui-même) on peut supposer que c’est pour éviter les liaisons des organes de l’enfant pas encore prêt pour la reproduction (même si il n’y a pas eu de liaisons, pendant un rapport) que biologiquement il en résulte un dégout ou un traumatisme chez l’enfant de façon à ne pas avoir envie de recommencer (l’anti-système de récompense contre le système de récompense normalement mis en jeux dans un rapport sexuel).

    Ce dégout et traumatisme sont presque toujours aggravé à cause du non-consentement du rapport, la violence (physique ou psychique) etc.

  2. Merci beaucoup pour votre commentaire !

    « Mais on peut supposer que quelqu’un qui met en ligne une vidéo pédopornographique virtuelle va le mettre en ligne en supposant attirer des « consommateur » concerné : par exemple il y a de forte chance qu’il mette le titre : « enfant quelque chose ou « jeune » quelque chose » et pas « relation sexuel entre deux octogénaires ». Donc l’auteur de ladite vidéo s’attend à avoir un maximum de « consommateur » pédopornographique : et on peut supposer que lesdits consommateurs en regardant la vidéo (même si elle est très mal dessinée) vont y voir un enfant et pas un octogénaire, ou un extraterrestres, à apparence jeune, « mures sexuellement » (pour reprendre votre exemple). »

    Il est possible, effectivement, de réduire l’ambiguïté quant à l’âge en précisant dans le titre qu’il s’agit d’enfants. Mais on pourrait aussi imaginer des auteurs qui « brouillent les pistes », précisément pour éviter les problèmes judiciaires, et qui représentent des personnages d’âge un peu indéterminé… On peut aussi parfaitement imaginer des auteur/trice-s qui inventeraient un « monde » où les adultes auraient l’apparence d’enfants (un monde extra-terrestre ?), etc.

    « Une femme, doit traverser la moitié de la ville, elle croise un inconnu qui ne correspond pas à ces gouts (physiquement), si cet inconnu l’observe avec du désir dans le regard (je ne sais pas comment dire ça), il est possible ( et il y a de forte chance ) que par la suite cette femme soit dégouté à l’idée (possible) qu’elle ai rejoint la liste de ses fantasmes et qu’il puisse se masturber en pensant à elle de temps en temps.

    Dans le cadre d’un enfant, c’est la même chose, un enfant peut sentir se genre de regard (et il n’est pas idiot), trop jeune il ne comprendra pas mais vers 10/12 ans, il finira par s’en douter et je vous assure que sur un esprit fragile (si c’est fréquent), ça peut rapidement devenir insupportable. »

    Oui mais alors là, je répondrais que c’est la vie. Je ne pense pas que quiconque ait le droit de *ne pas être* objet de désir. Si on ne veut pas que ça arrive, il faut rester chez soi. Tout le monde peut fantasmer sur certaines de ses connaissances, ou de ses ami-e-s, non ? Y compris sans que lesdit-e-s ami-e-s soient au courant…

    Il est clair que certain-e-s célébrités (Scarlett Johansson, Cristiano Ronaldo…) sont l’objet de fantasmes sexuels (et de masturbation) de la part de beaucoup d’inconnu-e-s, y compris de gens qu’ils/elles ne trouveraient pas forcément attirant-e-s s’ils/elles les connaissaient, et il faut bien qu’ils/elles en prennent leur parti.

    « Les mammifères (Homme compris) ce reproduisent qu’à partir du moment où ils sont capable de se reproduire : à ce moment là ils émettent des hormones incitant les autres mammifère (de leur espèce) à venir ce reproduire avec eux. cet majorité chez l’Homme est atteint en moyenne vers l’âge de 15/16 ans (là ou la lois a fixé la majorité sexuelle). Avant l’enfant n’émet pas ces hormones, donc il n’est pas « normal », qu’un adulte soit attiré par un enfant et ai envie de pratiquer des actes ayant ( à la base) pour but de se reproduire avec des enfants. »

    Mais avec le même argument, on peut montrer qu’il « n’est pas normal » d’avoir des rapports homosexuels, ou bien des rapports avec des femmes ménopausées.

    Je ne pense pas que le problème soit la « normalité » ou non de l’attirance de l’adulte, mais plutôt le fait de savoir si un monde est possible où les connotations culturelles attachées au sexe seraient telles qu’une sexualité adulte-enfant pourrait être anodine.

    « Et (seulement sur le rapport en lui-même) on peut supposer que c’est pour éviter les liaisons des organes de l’enfant pas encore prêt pour la reproduction (même si il n’y a pas eu de liaisons, pendant un rapport) que biologiquement il en résulte un dégout ou un traumatisme chez l’enfant de façon à ne pas avoir envie de recommencer (l’anti-système de récompense contre le système de récompense normalement mis en jeux dans un rapport sexuel). »

    Effectivement, d’un point de vue « évolutionniste », ce ne serait pas absurde ! Cela dit (et je suis désolé de devoir devenir un peu « explicite » et donc un peu glauque pour poursuivre mon argumentation), ça n’expliquerait pas l’interdit qui pèse sur certaines pratiques pédophiles n’engendrant pas, a priori, de lésions organiques (la masturbation ?).

  3. Le parallèle suivant me semble douteux : « faudrait-il interdire la pornographie (adulte) virtuelle, sous prétexte que l’excitation sexuelle risque de pousser des hommes sexuellement frustrés à violer des femmes ? »

    L’analogue strict serait l’interdiction de vidéos *montrant des viols réels* (comme ceux commis dans les vidéos pédopornographiques), sous prétexte qu’elles inciteraient à commettre des viols. Je pense que cet argument est en fait sérieusement défendu, preuve en est que la diffusion de ce genre de vidéos est probablement illégale au même titre que les snuff films. En fait, même les vidéos montrant des viols *factices* réalisés par des adultes consentants sont interdits dans certains pays (cf https://en.wikipedia.org/wiki/Rape_pornography). Du coup, sous une forme faible, l’argument de l’interdiction de la fiction s’applique aussi en dehors du domaine pédopornographique.

    Ceci dit, l’argument suivant, sur la représentation de la violence dans la fiction, fonctionne toujours. Il se trouve évidemment des gens pour soutenir que la violence dans la fiction, les médias, les films, les jeux vidéos, rend les gens plus violents (et il se trouve des gens pour leur parler de catharsis…), mais comme tu le dis, peu de monde soutiendrait sérieusement que ça devrait vraiment être interdit. Donc ce que je dis plus haut ne met pas en danger ton raisonnement.

    À part ce détail, ton billet est exactement ce que j’aurais pu vouloir écrire un jour sur la question de la pédophilie, mais en bien mieux écrit et mieux argumenté. 🙂 Je suis bien heureux de ne pas avoir à l’écrire, et d’avoir une référence vers laquelle rediriger les gens. Merci !

    1. De rien, merci à toi pour ton commentaire !

      Cela dit je ne suis pas d’accord avec le début de ton commentaire : « L’analogue strict serait l’interdiction de vidéos *montrant des viols réels* ». Imagine une vidéo pédopornographique virtuelle représentant un rapport sexuel consenti -on peut l’imaginer, puisqu’on est dans le virtuel-, où par exemple l’enfant solliciterait le rapport sexuel, aimerait ça, etc. Si cette vidéo pousse quelqu’un à passer à l’acte, dans la mesure où, dans la réalité, on admet qu’il n’y a pas de consentement de la part d’un enfant en dessous d’un certain âge, alors ce passage à l’acte se traduira nécessairement par un viol.

      Le bon parallèle est donc celui où on a une vidéo *qui ne représente pas un viol* mais qui pousse quelqu’un à commettre un viol. (Si ça pousse simplement quelqu’un à avoir un rapport sexuel consenti, ça ne pose évidemment aucun problème). Donc de ce point de vue, l’analogie, c’est une vidéo pornographique « normale » qui réveillerait les fantasmes d’une personne sexuellement frustrée qui violerait pour les assouvir.

      1. Je pense que si des gens accusent la pédopornographie d’encourager les pédophiles à violer des enfants, c’est parce qu’elle représente des enfants en train de se faire violer. C’est pour ça que j’ai spontanément considéré (c’est vrai que c’était un peu expéditif) que l’analogue (non-pédo)pornographique qui encourageait la commission de viols, ce sont spécifiquement les vidéos pornographiques qui représentent des viols (ou mettent en scène de faux viols).

        Donc on est d’accord, l’analogue strict, ce sont « les vidéos pornographiques normales qui sont susceptibles de pousser à la commission d’un viol ». Cependant, ton argument était : « on ne va pas interdire toute la pornographie juste à cause de ce risque ». Je maintiens qu’il est tentant de te répondre « on ne va pas interdire toute la pornographie, mais spécifiquement celle qui représente des viols, vu que c’est quand même celle pour laquelle le risque semble être le plus grand ; et d’ailleurs on l’interdit déjà ». C’est pour ça que je trouve que c’est un mauvais exemple (même si je ne suis pas nécessairement moi-même d’accord avec ces interdictions).

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